L’image du père « cultivé », ses écrits l’attestent, semble donner une valeur incomparable à l’écriture et à la participation active dans les activités dites littéraires et intellectuelles de Simone de Beauvoir. Son père est l’imago paternelle idéalisée. Il est vénéré dans tous les sens du terme. Le terme imago est un mot latin qui désigne le portrait du patriarche de la famille. Ce « Grand Homme », pour la fillette Simone, incarne l’image même d’être au monde. Grand lecteur, homme du monde, acteur et amateur de théâtre, il était, aux yeux de la jeune fille, l’image même de l’homme cultivé.
« Cet après-midi, ce qui me transporta, ce fut bien moins la représentation, que mon tête-à-tête avec mon père ; assister seul avec lui, à un spectacle qu’il avait choisi pour moi, cela créait entre nous une telle complicité que, pendant quelques heures, j’eus l’impression grisante qu’il n’ appartenait qu’à moi »[i]

© U. Amarasekara, Variation 1, 2009
Le père comme objet d’amour
Dans les fantasmes de Beauvoir, c’est l’« homme » représentant la valeur phallique. L’idéalisation du père, mène cette fille vers une position d’être le père elle-même. Chaque qualité du père est répétée par elle. On peut l’observer dans la vie tardive de Simone de Beauvoir. Son père est un grand consommateur de lecture. Il lit la littérature populaire et également du classique. « La collection de romans à quatre-vingt-dix centimes qui avait enchanté la jeunesse de papa » écrit Beauvoir[ii]. Elle certifie un peu plus loin qu’ « il prisait Voltaire, Beaumarchais, il savait par cœur Victor Hugo. »[iii]. Il est un orateur et aussi un rédacteur de la Revue Française.[iv] Il semble également devenir l’initiateur et le formateur de Simone de Beauvoir, à la vie et à la littérature. Il est fantasmé par la fillette comme le créateur de son être de « futur écrivain ».
« Mon papa me fit cadeau d’un volume broché à la couverture jaune, dont les pages étaient vierges ; tante Lili y recopia mon manuscrit d’une nette écriture couventine. Je regardai avec fierté cet objet qui était presque vrai et qui me devait l’existence »[v]
Dans le fantasme, son destin ne pouvait être autre que celui de devenir écrivain. Ses écrits racontent que, dès son enfance, elle a pris goût à la littérature par les soins provenant de son père. Simone de Beauvoir se rappelle les mots de celui-ci. « Il disait avec satisfaction que j’avais l’orthographe naturelle. Pour former mon goût littéraire il avait constitué sur un carnet de moleskine noire[vi], une petite anthologie »[vii]
Cependant, elle construit une histoire, ou un scénario, à travers les souhaits « paternels ». Il est visible, que dans les fantasmes de Beauvoir, elle était l’enfant élue dans le royaume du père porté par l’espérance culturelle. Ses récits nous indiquent que son père avait une attention, une préférence, ou plutôt une préférence du côté intellectuel, pour elle. Cet intellectualisme, pour Beauvoir aussi bien que pour son père, est une qualité spécifiquement accordée au masculin.
« Depuis que j’allais en classe », Beauvoir écrit, « mon père s’intéressait à mes succès, à mes progrès et il comptait davantage dans ma vie. Il me semblait d’une espèce plus rare que le reste des hommes »[viii]
Le phénomène de l’intellectualisme semble devenir le seul et unique lien entre le père et la fille. La fille pendant l’Œdipe vit-elle son père comme objet d’amour ? En premier lieu, pour qu’il devienne objet d’amour, il fallait qu’elle abandonne son premier objet, la mère. La fonction paternelle est probablement affaiblie pour que la fille se tourne vers le père comme objet d’amour. Simone est préoccupée par cette mère abandonnée par le père. Elle est délaissée sans amour de la part de son mari. Simone de Beauvoir avait-elle donc une disposition particulière pour laisser sa mère angoissée et triste et aller vers ce père qui ne lui représentait qu’une inspiration intellectuelle ? Simone atteste-t-elle de la présence du fantasme d’un père séducteur ? Cependant Monsieur de Beauvoir, est présenté comme un père séduisant et idéalisé. Dans Mémoires d’une jeune fille rangée, elle manifeste un grand amour, une forte admiration pour son père. Pour cette jeune fille dans sa période oedipienne, Georges de Beauvoir était l’homme le plus complet. En effet, le père est radicalement idéalisé. A partir de cette présence du père doit-on mettre sur le même pied d’égalité l’idéalisation et la séduction ? L’admiration a été plutôt envers ses capacités intellectuelles et pour ses ouvrages. L’image du père de cette jeune fille ressemble à un père imaginaire tout-puissant et qui ne peut être remplacé par aucun autre :
« Personne dans mon entourage n’était aussi drôle, aussi intéressant, aussi brillant que lui, personne n’avait lu autant de livres ne savait par cœur autant de vers ne discutait avec autant de feu… »[ix]
La vénération s’étend à travers toute sa mémoire. Ce texte nous laisse une forte impression sur la personnalité du père de Simone de Beauvoir. Elle est éblouie par celui-ci. Cet éblouissement aveugle, fort probablement, promet à la fille sa recherche du côté séducteur.
« Quand il restait à la maison, il nous lisait Victor Hugo, Rostand, Il parlait des écrivains qu’il aimait, de théâtre, de grands événements passés, d’un tas de sujets élevés, et j’étais transportée loin des grisailles quotidiennes. Je n’imaginais pas qu’il existât un homme aussi intelligent que lui. Dans toutes les discussions auxquelles j’assistais, il avait le dernier mot et quand il s’attaquait à des absents il les écrasait »[x]
Sa jalousie n’était pas pour autant dirigée vers sa mère mais vers les autres femmes qu’il fréquentait. La mère a été déjà effacée comme objet d’amour du père. Les tendances incestueuses de la relation entre la fille et le père sont accompagnées du désir porté vers ces autres femmes du père. Ici on pourrait faire référence au cas Dora de Freud[xi].
Il n’est pas difficile de comprendre que l’Œdipe de la fille est marqué par cette haine et cette jalousie envers cette autre femme qui est sa mère, avec tout de même de la pitié et de la préoccupation à son sujet ”souffrant”. Le rêve de la fille de partager la même passion avec le père, est fort probablement renforcé par ce dernier. Il semble engagé dans un enjeux de « jouissance intellectuelle » avec sa fille aînée. Elle raconte néanmoins une histoire « naturelle » d’une fille, haïssant la mère et rêvant d’être avec le père.
« En outre j’étais jalouse de la place qu’elle avait occupée dans le cœur de mon père car ma passion pour lui n’avait fait que grandir.[xii] » Elle constate que « ma véritable rivale c’est ma mère. Je rêvais d’avoir avec mon père des rapports personnels, mais même dans les rares occasions où nous nous trouvions tous les deux seuls, nous nous parlions comme si elle avait été là »[xiii]
Mais ce rêve d’être avec le père est-il le rêve oedipien d’un père symbolique ou le rêve d’un accomplissement du souhait du père imaginaire ? Il faut aller encore plus en profondeur pour vérifier notre hypothèse. Pourquoi la complicité entre fille et père mène-t-elle à créer cette ambiance d’avoir commis une faute ? Ce n’est pas le père qui rêve, c’est la jeune fille qui rêve que sa mère est là en train de regarder ce qui se passe entre elle et son mari. Premièrement la fille est dans une logique hystérique, entre la jouissance et le désir. Elle prend ainsi du plaisir d’avoir l’homme de cette autre femme.
Mais secondairement, que veut-elle cette jeune fille ? Elle ressent que son chemin est dessiné par son père. Ce chemin imposé lui montre la préférence de son père pour qu’elle devienne « la fille du père ». Essayons de comprendre les enjeux imaginaires dans ce scénario fantasmatique. L’image de sa sœur entre en jeu dans ce jeu du miroir. Elle rivalise avec sa sœur auprès de son père. Elle rêve de mener le jeu de femme écrivain, intellectuelle vu qu’elle est la préférée de son père. C’est pour cette raison qu’elle avait pitié de sa sœur, car c’était Simone, elle seule, la préférée de son père.
« Il m’amusait, et j’étais contente quand il s’occupait de moi.[xiv](…) C’était de moi que mon père s’occupait le plus ; sans partager la dévotion que j’avais pour lui ma sœur souffrait de cette partialité »[xv]
Que peut-on observer à travers le voile du fantasme ? Elle ressent que sa sœur est aimée par son père comme fille « bonne à marier un homme », non pas celle qui est destinée à être écrivain, presque « homme ». Son fantasme est construit à partir de la déception paternelle à son égard : « Simone a un cerveau d’homme. Simone est un homme[xvi] (..)« Quel dommage que Simone ne soit pas un garçon ; elle aurait fait polytechnique »[xvii].
La fille pendant sa tendre enfance a ressenti que le « souhait » venait du père comme son destin. Elle doit l’accomplir. Devient-elle ainsi une fille brillante dans ses études et qui veut montrer son « audace » à son père. En effet, Georges de Beauvoir voulait voir sa fille aînée, la jeune Simone, elle aussi comme lui, devenir une lettrée et une cultivée.
Cette jeune fille trouve sa raison d’être dans le désir de son père. Pourtant, comme le dit Freud, l’anatomie fait le destin. Le destin proposé par le père d’être femme comme un homme de la culture, ne serait pas compatible avec son inscription en tant que femme. Etre une femme comme les autres ne lui permettra point de s’acheminer vers cet acte d’écriture. Par ailleurs, ce fantasme d’être écrivain efface tous les autres métiers des intellectuels. Nous supposons que pour elle, ces métiers sont limités dans leurs activités institutionnelles. Le savoir dans la logique de l’institution se place dans une position non valorisante. En fait, le savoir limité dans les institutions n’attire pas son attention. Elle veut être dans la logique du « tout savoir ». Elle n’est pas sortie de cette logique de la femme qui cherche son origine d’être née comme femme[xviii]. Si l’image idéale du père lui donne une toute-puissance et une possibilité de s’engager dans une écriture sans limite, sans institution, sans cadre institutionnel elle est une incarnation du père imaginaire : l’écrivain de son existence.
« La première raison, c’est l’admiration que m’inspiraient les écrivains ; mon père les mettait bien au-dessus des savants, des érudits, des professeurs »[xix]
Mais que peut-on dire sur cette attention particulière du père ? Est-ce une attention plutôt originaire issue d’une souffrance ? Peut être n’est-ce pas l’attention quelle voulait de son père ? Est-ce une attention décommandée ? Peut-on oser répondre à ces questions en lisant ses propres mots ?
« Je ne me rendais évidemment pas compte de la contradiction qui divisait mon père. Mais je réalisais vite celle de ma propre situation. Je me conformais très exactement à ses volontés : et il en paraissait fâché ; il m’avait vouée à l’étude, et me reprochait d’avoir tout le temps le nez dans mes livres. On aurait cru, à voir sa morosité, que je m’étais engagée contre son gré dans cette voie qu’il avait en vérité choisie pour moi. Je me demandais de quoi j’étais coupable ; je me sentais mal à l’aise dans ma peau et j’avais de la rancune au cœur »[xx]
Le père exigeant n’est-il pas le fardeau de cette jeune femme qui était condamnée à accomplir ce travail « grandiose » qu’il a demandé ? La fatigue était cette lourdeur d’espoir de ce père. Peut-être a-t-elle été déjà sacrifiée par ce père sur l’autel de la culture. Est-elle également une Iphigénie qui a été condamnée à devenir le sacrifice pour sauver le royaume du père ?
Que veut-elle dire par cette culpabilité énorme ? Ce père semble ambivalent à l’égard de la fille. En premier lieu, le père fonctionne alternativement comme un père symbolique. Il réagit face à cette fille concernée dans un travail qui la déviera de devenir l’objet de désir d’un homme. Pourtant, il souhaite que sa fille devienne celle qui sauve son image. Nous pourrons suggérer qu’elle ait déjà senti qu’elle voulait trahir son père. Et ceci malgré tous les efforts incommensurables pour mener cette vie intellectuelle sans vouloir s’engager dans une vraie vie d’amour. Elle veut ainsi se mettre à la place de l’objet d’échange. Après il y a la déception et le désespoir. Toute la vie de Simone de Beauvoir est marquée par une ambivalence fondamentale entre deux manières d’exister dans la culture. Le premier est le désir d’exister comme phallus érigé « écrivain existentiel » dans la logique du père imaginaire. Le second est de devenir l’objet d’échange entre les frères dans la logique du père symbolique.
« C’est par mon père que la sévérité de mon destin me fut annoncée, j’avais compté sur son appui, sa sympathie, son approbation ; je fus profondément déçue qu’il me les refusât. Il y avait bien de distance entre mes ambitieuses visées et son scepticisme morose »[xxi]
La déception de la fille la mène vers un sentiment de haine contre ce père qui n’a pas assuré sa fonction. Peut-on dire qu’elle avait deux pères. Comme le note P.-L. Assoun, « Il y a toujours trop de père ou pas assez ; l’être du père supporte ce partitif paradoxal »[xxii]. Le père de la horde hante donc cette histoire malgré le plus ou moins bon fonctionnement du père comme père symbolique. La jeune fille entre dans une structuration hystérique, face à ce père séducteur. Mais, le père se transforme en un père imaginaire redoutable à qui on ne peut jamais se limiter. En effet, une régression jusqu’à la horde primitive n’est pas possible. Cependant, le fantasme de la fille est construit selon cette logique de la horde. Mais le fantasme s’appuie sur un acte culturel. La logique est que pour exister, il faut être complice du père imaginaire. Cet effort d’aller vers la jouissance a un rapport avec le fantasme noté par Freud. Il s’agit d’une visite du père au moment où elle a vécu dans le ventre maternel. Freud écrit : « Le rêve prend alors la même valeur que le fantasme – qui nous est familier – de la jeune fille qui prétend avoir déjà rencontré son père lors de sa visite au corps de la mère »[xxiii].
Simone de Beauvoir n’est-elle pas dans ce ventre maternel de la jouissance ? Elle y entretient son désir avec son père imaginaire qui pourrait basculer vers le père réel. Le père est en effet là, même au moment où elle jouit de sa vie en dehors de la relation d’avec l’objet substitut du père.
Elle associe, au père et à la mère, deux faces de sa logique : jouissance hystérique et jouissance de la sublimation – le désir et la jouissance – le sexuel et le hors sexuel – le masculin et le féminin, l’homme et la femme.
« Ma vie intellectuelle – incarnée par mon père – et ma vie spirituelle – incarnée par ma mère étaient deux domaines radicalement hétérogènes, entre lesquels il ne pouvait exister aucune interférence »[xxiv]
Dans la logique du père imaginaire, elle n’ouvre les portes que pour l’intellectualisme. La vie spirituelle que la mère invoque, est en effet cette vie sublimée de la jouissance. Pour nous, il s’agit de la même « Chose ». La relation avec l’objet substitut est souvent cachée derrière toutes les descriptions, pourtant la rongeant toute sa vie jusqu’à la mort. Il y a un regret et une douleur de n’avoir pas assez vécu cet amour de l’objet.
Elle emploie, à la fin de la phrase citée plus haut, le mot « interférence », qui attire notre attention. Un mot avait été très subtilement choisi pour signaler le destin quasi tragique dans le roman familial des Beauvoir. Cette histoire est marquée par le trait unaire, comme dans La lettre volée de Lacan[xxv]. Chaque sujet suit le trajet tracé par ce trait. La fille Simone a son trait. Chaque moment de sa vie de désir est toujours court-circuité par ce trait du destin. Il ne s’agit pas de respecter la demande de la culture du destin féminin marquée par la vie de sa mère. Elle sent qu’elle ne peut pas éviter cette ambivalence du destin parental. Le destin est désigné par Freud comme Moïra, une gémellité, faite à partir du lien libidinal entre mère et père[xxvi]. « Le destin a le buste gémellaire de l’Imago du Couple procréateur »[xxvii]. Le sort de l’enfant est ainsi désigné dans l’espoir des parents.
Nourrir la haine contre père
« Stupeur. Quand mon père est mort, je n’ai pas versé un pleur » écrit Beauvoir[xxviii] dans Une mort très douce où elle vit la mort de sa mère. Ainsi le père qui a été vénéré dans les Mémoires d’une jeune fille rangée devient un père détestable six ans après. Là, on observe la difficulté que cette femme rencontre pour se séparer de sa mère. Cette mère incarne sa propre féminité. La souffrance de la mère est en effet sa propre souffrance. Elle semble faire face à une injustice causée par ce père qui est un père détestable. C’est être femme qui est la cause de cette vie d’ambivalence et de souffrance. Il faut donc arrêter cette existence d’une vie de femme. Il faut devenir écrivain sans être femme pour autant.
« J’étais restée près de lui jusqu’où il était devenu pour moi une chose.[xxix]
Cette phrase n’est-elle pas une phrase révélatrice ? Elle mentionne que le père est devenu une chose. Elle assimile son propre sujet devenu également « une chose » par procuration.
« Peut- être la mort de mon père n’est- elle pas étrangère à ce laisser- aller. Quelque chose s’est brisé. J’ai arrêté le temps à partir de ce moment là »[xxx]
En effet, arrêter le temps veut-il dire arrêter cette histoire de souffrance en se transformant en souffrance soi-même ?
Autrement dit, pour cette fille, le père n’a pas fonctionné pleinement comme le père symbolique incarnant l’amour et le désir. Simone de Beauvoir est critiquée vivement par son père. Il disait d’elle qu’elle faisait la noce à Paris. La vie de Beauvoir à Paris, avec les compagnons de « désir et de jouissance », incarnent fort probablement chez son père une vie sans limites. Pour Simone de Beauvoir cette forme de vie est caractéristique d’une femme écrivain. Elle semble prendre en otage sa vie pour narguer le père. Comme elle espérait « la noce à Paris » devient détestable pour le père. Pourtant chez elle, il y a un père qui réclame un destin « sans limite ». Le père est, en quelque sorte, sans subjectivité. Il s’agit plutôt d’une image, peut-être même plus près d’un père réel de la horde. Elle ressent que son père l’accuse. La demande du père est que sa fille devienne écrivain sans être mariée. Cependant il déteste que sa fille aînée mène une vie d’aventure. Les relations de Beauvoir avec plusieurs hommes désignent pour lui une « orgie inacceptable », pourtant indirectement « souhaité » au sujet de cette fille. Il a également vécu, comme ses amis, des relations extraconjugales avec plusieurs femmes. On pourrait dire que la jouissance du père se répète à travers sa fille. Il a toujours dit, du moins la fille l’a-t-elle fantasmé, que « les filles ne doivent jamais se marier mais travailler ». En effet, « La noce à Paris » est un terme qui incarne la demande ambivalente de ce père, et sa déception.

© U. Amarasekara, Variation 11, 2009
Le mariage comme condition féminine haineuse
L’idéal de femme écrivain présenté par ce père donne une version masculine à la femme. Il ne peut être situé à la même place que le souhait d’un père symbolique envers sa fille. Le regard du père est important pour dire que la fille deviendra une femme. « …il faudra que la fille se soit vu renvoyer son image – comme promesse – par le regard de ce père. Qu’il ait été, ce regard, trop appuyé – et l’hystérique attestera, par sa traque d’une « hyperféminité », des effets de la séduction paternelle(qui la fera aussi paradoxalement douter de son sexe !) » écrit P.-L Assoun sur ce sujet. Dans le cas de Beauvoir le destin « écrivain » imposé par le père n’est pas compatible avec la féminité. Elle ne doit pas assumer son destin féminin si elle veut devenir femme. Dans cette situation, la fonction paternelle fait défaut. Le père est censé donner son consentement à la fille de devenir écrivain, et d’aller vers un homme en dehors de la famille pour porter éventuellement l’enfant phallus. Au contraire, Simone de Beauvoir reçoit un message ambigu. C’est le paradoxe de cette femme écrivain pendant toute sa carrière culturelle. En effet, sous son regard, sa mère incarne cette femme échangée par le mariage. Mais elle est ruinée par cette vie de famille. Pour cette fille, l’amour entre sa mère et son père ne dessine aucune image valorisante. Pour elle, la vie de mariage signifie l’échec. Seul le père représente une image valorisante, par ses acquis culturels.
Pour Simone de Beauvoir, le père avait une vision du monde complètement différent de celle de sa mère.
« Maman avait une conception totalement tyrannique de la maternité. Les filles devaient être étroitement, inconditionnellement liées à leur mère. Son axiome favori, qu’elle avait puisé dans un livre de Marcel Prévost était : une jeune fille à deux amies, sa mère et son aiguille »[xxxi] Voilà, elle raconte peut-être sans savoir ce que Freud a écrit. La fille prendrait l’aiguille pour son tissage face à la jouissance qui la menace. Depuis toujours les femmes ont vu leur destin situé entre le mariage et le travail de tissage. Par contre, Simone de Beauvoir voulait-elle prendre le tissage par l’écriture, contre cette maternité vue comme emprisonnement ? Cela allait très bien avec le destin désigné par son père, alors que celui-ci pensait différemment de sa mère.
« Ma situation familiale rappelait celle de mon père : il s’était trouvé en porte à faux entre le scepticisme désinvolte de mon grand-père et le sérieux bourgeois de ma grand-mère. Dans mon cas aussi, l’ individualisme de papa et son éthique profane contrastaient avec la sévère morale traditionaliste que m’enseignait ma mère. Ce déséquilibre, qui me vouait à la contestation, explique en grande partie que je sois devenue une intellectuelle »[xxxii] .
On pourrait voir l’amour manqué entre son père et sa mère. Le délaissement de la part du père réduit sa mère à un objet « chose ». Cette mère incarne la condition déplorable des méfaits du mariage. En effet, les prescriptions culturelles créent automatiquement une femme sans une vie professionnelle convenable ni une situation financière indépendante. Elle distingue mal la différence entre le fait d’avoir un mari/un compagnon qui prend sa femme comme une « chose » et d’avoir un mari/un compagnon qui prend sa femme dans sa subjectivité. Elle écrit : Papa ne lui laissait pas un sou et elle avait cinquante-quatre ans[xxxiii]. Selon elle la solution est à chercher d’abord dans les conditions de la vie de la femme. Elle ne voit pas de rapport avec sa manière ou sa capacité à lutter pour garder sa subjectivité. Elle prône, l’idée que, devant le pouvoir de la culture qui indique un chemin bien déterminé pour la femme, la subjectivité ne pose même plus de question. Il faut voir une possibilité de changer ses barrières culturelles. Cependant, chez Beauvoir, il y a une valeur « inestimable » accordée à l’alliance. Il faut détruire toutes les inscriptions culturelles néfastes, mais une alliance doit être rétablie autrement. Elle écrit sur l’alliance de sa mère au moment de son enterrement : « Nous la lui avons passé au doigt. Pourquoi ? Sans doute parce qu’il n y avait aucune place sur terre pour ce petit cercle d’or »[xxxiv]. Elle enterre sa mère avec son alliance. Cette alliance ne doit plus rester sur cette terre, elle n’a aucune valeur d’amour, donc aucune valeur symbolique. Ainsi, elle tente d’enterrer le manque d’amour du père. Elle portait cette alliance comme son malheur. C’est ainsi, pourrait-on dire, que pour Beauvoir, l’alliance est très importante. Elle a toujours cherché une limite et rêvé d’un lien symbolique, peut-être reconstruit et forcé.
Une mère à haïr
Une mort très douce est un récit écrit par Simone de Beauvoir, visiblement sur la mort de sa mère. Cependant il s’agit d’un récit d’une fille dans la haine pour la mère, tout en restant dans l’amour nostalgique. Du début jusqu’à la fin, ce récit raconte la mort de sa mère. La cause de la mort n’est pas la fracture du fémur mais un cancer. Ce cancer nous montre un autre cancer, celui qui se cachait dans le roman familial beauvoirien. On pourrait dire qu’il s’agit d’un récit du destin tragique de la femme vivant sans amour dans le carcan de la famille bourgeoise.
Cet éloge de la mère, publié en 1964, est comme une annexe à son autobiographie de quatre volumes. Il comporte quelques traces de son père et nous montre un visage janusien de celui-ci.
C’est ici que nous rencontrons la vérité du fantasme de Simone de Beauvoir sur l’image paternelle. Son idée sur son père de 1958 est complètement modifiée en 1964. L’amour du père devient plutôt un dégoût. Dans son fantasme, la culture est intégralement incarnée dans l’image paternelle. La culture est toute puissante comme cette image du père. La femme en subit les conséquences. Simone de Beauvoir plaint sa mère qui était malheureuse avec lui : « Le désir de papa passait toujours avant les siens. Ella a cessé de voir ses amies personnelles, dont il trouvait ses maris ennuyeux » [xxxv]
Ce n’est pas seulement la fin qui est malheureuse, le début est également malheureux. Le mariage incarne la vie malheureuse d’une femme bourgeoise qui, à cette époque, n’avait pas la possibilité de quitter son mari lorsque le désir n’existait plus. Elle construit une image de la mère insatisfaite. A partir de cette image, elle constate que la femme mariée est emprisonnée dans les prescriptions culturellement déterminées. Peut-être, ne voit-elle aucun amour dans une vie de couple marié. Dans cette logique, le mariage détruit automatiquement la vie d’une femme, d’autant que la séparation était quasi impossible dans le milieu dans lequel elle vivait. L’image paternelle incarne les exigences autoritaires de la culture.
Par conséquent, la maternité de sa mère est, en effet, détestable. Elle incarne ce rapport vicieux que sa mère entretenait avec son père. Elle questionne ainsi sa propre origine vue comme détestable. La féminité, si elle est destinée à cette procréation malheureuse, devait être également détestable.
« Ce qui est sûr c’est qu’au temps même de sa lune de miel elle a souffert dans son amour et dans son orgueil. Violente, entière, ses blessures se guérissaient mal »[xxxvi]
Sa mère, se repliait sur elle-même sans rien dire. Et les moqueries des gens envers sa mère blessaient Beauvoir. Elle écrit, « on a souri de sa gaucherie » Mais quelle gaucherie ? La mère qui a été trompée par son mari incarnait cette autre femme détruite par la loi de la culture. Dans cette logique ni le mariage ni la maternité n’incarnent une vie heureuse pour la femme. Le désir de la femme doit être protégé ainsi par le déferlement des liens conjugaux.
« Certaines femmes qu’il y rencontrait avaient eu des relations avec papa. (…) papa gardait dans son bureau la photographie de sa dernière maîtresse brillante et jolie qui venait parfois à la maison avec son mari »[xxxvii]
Les observations de la jeune Beauvoir viennent nous éclaircir la situation conjugale de ses parents. Elle voyait, dans le silence souffrant de sa mère, une femme abandonnée, trahie et malheureuse. Beauvoir contemple la situation dans la quelle sa mère se trouvait. Elle se rappelle le sacrifice que le destin familial lui a imposé : « elle ne dépensait pas pour elle et peu pour nous »[xxxviii] Est-ce une mère sacrificielle ? La mère de Beauvoir qui, au lieu de lutter contre son malheur, accepte de vivre avec, incarne une femme dominée par un masochisme féminin renforcé. Beauvoir dit qu’« Elle le laissait docilement passer toutes ses soirées hors de la maison et sortir seul le dimanche »[xxxix]. Les questionnements de la jeune femme Beauvoir face à cette mère « malheureuse » et « écrasée » par le lien du mariage se profilent comme ceci : Pourquoi voulait-elle devenir la proie de son propre destin ? Pour quoi ne voulait-elle pas prendre quelques initiatives pour une vie meilleure ? A-t-elle continué à l’aimer malgré tout cela ? Croyait–t-elle tous les mensonges qu’il racontait en revenant à la maison au petit matin ? « Je ne blâme pas mon père »[xl] disait Beauvoir mais les faits constatent le contraire.
« Je l’ai vu plus d’une fois entre mes quinze et mes vingt ans rentrer à huit heures du matin sentant l’alcool et racontant d’un air embarassé des histoires de bridge et de poker. Maman l’accueillait sans drame ; elle le croyait peut-être, tant elle était entraînée à fuir les vérités gênantes(…) Elle continuait à dormir à côté de l’homme qu’elle aimait et qui ne couchait presque plus jamais avec elle. Elle espérait, elle attendait, elle se consumait en vain »[xli]
La mère, le premier objet d’amour, demeure ainsi chez Simone de Beauvoir une mère angoissée et malheureuse, considérée par l’entourage comme « neurasthénique ». Elle semble vivre une vie de deuil d’amour. Ce que l’enfant Simone ressent auprès de sa mère, c’est ce manque d’amour de son premier objet. Voilà une autre figure d’une mère endeuillée. Freud nous dit que l’enfant garde sa relation libidinale future avec l’autre, selon le modèle de la relation qu’il a entretenu avec son premier objet d’amour, la mère[xlii]. Peut-on dire ainsi que Simone de Beauvoir entretenait une relation d’amour insuffisante avec sa mère malheureuse ? Voulait-elle sauver le père imaginaire et en même temps combler cette mère « insatisfaite » ? Elle n’est peut-être pas très loin de Marguerite Duras qui raconte sa relation avec une mère malheureuse, trompée par l’autre. Margueritte Duras écrit qu’elle gardera les séquelles de cette vie pauvre d’amour pendant toute sa vie :
« Même si je suis riche un jour je resterai avec une sale mentalité de pauvre, un corps, un visage de pauvre, toute ma vie, j’aurai l’air comme ça. Comme ma mère. Elle a l’air d’une pauvre mais elle, à un point, c’est incroyable »[xliii]
Cependant, la fille ne peut sortir de son Œdipe qu’à travers la rupture avec sa mère comme premier objet d’amour. Freud nous enseigne qu’elle trouve des raisons invraisemblables pour sortir de l’emprise de l’amour maternel. « Le premier ennemi est la mère. L’agressivité féminine se forge dans le lien maternel »[xliv]. En effet, la première ennemie qui devait être la mère prend, par son état pitoyable, une allure de victime. La fille semble s’engager à la sauver. Ici on observe une fille soucieuse de la tristesse et de la situation malheureuse de sa mère. Elle n’arrive pas encore à sortir de cette impasse. Comment sauver cette mère ? Il semblerait qu’elle sauve son propre destin féminin de toutes les restrictions imposées par la culture et plus particulièrement par la société bourgeoise.
Etre femme ou homme
Pourquoi le père n’a-t-il pas valorisé la féminité de sa fille aînée pour qu’elle assume sa position ? Aux yeux de son père, elle n’est pas une fille mais plutôt un fils. Cette relation imaginaire a fortement laissé de séquelles dans le fonctionnement symbolique du père. L’image narcissique de Beauvoir se montre comme un « garçon manqué ». Il semble que, dans cette image narcissique, la femme et la vie intellectuelle ne puissent cohabiter. Elle témoigne de la femme qui ne peut pas facilement faire le lien entre sa fonction féminine appartenant à la psychosexualité et les aspirations sociales qui semblent prendre une allure masculine. P. -.L. Assoun note: ”Plus on cherche à penser cette fameuse « différence », plus on la voit s’exacerber en « motivations spéciales », voire déviantes, ou bien s’étouffer dans un modèle unisexué »[xlv].
Elle crée une image ambiguë à son sujet. Cette image fausse ou tronquée a été un grand poids à porter. Malgré toutes ses capacités d’écrire et de mener une vie « intellectuelle » pourquoi ne pas assumer sa féminité ? Elle ne voyait pas de limite dans l’image imposée par le père. C’est là que son image va jusqu’à l’infini sans limites.
« Je n’ai pas de personnalité. (…) Je n’apercevais nulle trace de ma subjectivité. Je m’étais voulue sans borne : j’étais informe comme infini »[xlvi]
Le fantasme de cette jeune fille nommée Beauvoir indique qu’il y a une stratégie psychique de devenir le sujet sans trace de castration. Elle veut vivre dans une fusion et une complicité avec ce père puissant. Peut-on dire avec Lacan qu’elle voulait incarner ainsi « girl phallus » celle qui comble la Chose ? Lacan nous rappelle que dans le roman de Latouche, Fragoletta est « un curieux personnage nettement transvestiste ». Elle se présente comme un garçon sans qu’il (ce personnage) la reconnaisse en tant que garçon. C’est « un personnage fétiché ou fée – c’est le même mot, les deux se rattachant à factiso en portuguais, d’où historiquement le mot fétiche est né, et ce n’est rien d’autre que le mot factice. Cet être féminin ambigu incarne, en quelque sorte, au-delà de la mère, le phallus qui lui manque» dit Lacan[xlvii]. Simone de Beauvoir n’est-elle pas cette figure de fétiche érigé, le phallus qui manque à la mère. Veut-elle remplacer ce factice là où il ne peut pas y être ? La femme par son corps, incarne le fétiche[xlviii]. Contrairement à son ambivalence dans son devenir femme « échangée » par le père, Simone de Beauvoir incarne par son pouvoir de participer à la création du « livre », un fétiche érigé, le phallus imaginé de la mère.

© U. Amarasekara, Variation 111, 2009
Refus d’être échangée
Le père imaginaire s’est incarné dans le père de famille de Simone de Beauvoir. Il a vraisemblablement empêché la fonction symbolique d’agir chez elle. La relation avec le père, dans le groupe familial, a sûrement favorisé la structuration narcissique de la jeune fille. Mais le Nom-du-père comme support de la fonction symbolique ne lui a pas permis de s’identifier en tant que personne femme à la figure de la loi[xlix]. Le père mort introduit par Freud a été travaillé par Lacan sous la forme du Nom-du-Père dans le contexte occidental. M. Zafiropoulos a très clairement montré que Lacan a été puiser dans les études en anthropologie structurale le symbole zéro de Claude Lévi-Strauss[l]. Ce dernier a développé sa théorie sur le symbole zéro depuis la notion de mana travaillé par Marcel Mauss. Mauss, dans ses études sur la magie et la religion, souligne que la notion de mana est du même ordre que la notion de sacré. Mais la magie et la religion se mêlent dans beaucoup de civilisations où cette notion de mana fonctionne. Il ajoute à propos de cette notion, que « le mana est plus général que celle de sacré, mais encore celle-ci est comprise dans celle-là, celle ci se découpe sur celle-là. »[li]. Cette notion de mana est reprise par Lévi-Strauss afin de mettre en relief le symbole zéro qui fait fonctionner l’ordre symbolique, y compris les règles d’interdit de l’inceste. La loi du père est donc cette loi qui régule les structures élémentaires de la parenté. Lévi-Strauss écrit :
« …L’exogamie, considérée comme un principe régulateur, et indépendamment de ses modalités historiques ou locales, est toujours susceptible d’agir dans deux directions : la confusion entre les lignes directes et collatérales d’une part, et d’autre part la confusion des générations »[lii].
Pendant une période à partir des études durkheimiennes Lacan a dévié la question du père. Au moment où il rencontre l’anthropologie structurale, il abandonne son adhérence à l’école durkheimienne pour rejeter son hypothèse du rôle et du statut du père comme une condition de l’Œdipe[liii]. Que le père fonctionne ou pas, l’Œdipe est là, dans sa normalité ou dans sa version pathologique[liv].
Que s’est-il passé chez Simone de Beauvoir ? Cette relation imaginaire n’a pas eu de barrières imposées par le fonctionnement de la parole de la mère ou par d’autres personnes de son entourage. Elle est dans un refus d’échange en tant qu’objet qui doit être échangé entre le père et l’homme. Elle reçoit le manuscrit de C. L. Strauss sur la structure élémentaire de la parenté. Elle discute la question d’échange des femmes avec lui. Cependant, elle refuse d’accepter le destin d’objet d’échange comme une des conditions d’existence détestable imposée à la femme par la culture. La phrase de Leenhardt reprise par C.L. Strauss est à l’opposé de sa position : « Il en est donc des femmes comme de la monnaie d’échange dont elles portent souvent le nom, et qui, selon l’admirable mot indigène, « figure le jeu d’une aiguille à coudre les toitures, et qui, tantôt dehors tantôt dedans, mène et ramène toujours la même liane qui fixe la paille » [lv] Elle refuse d’être l’aiguille et prend l’aiguille à la main sous forme de plume. Veut-elle faire fonctionner, autrement fixer les familles humaines ?
Son image de l’homme/femme dans un corps de femme indique un chemin pour ne pas être échangée mais prendre les « hommes ». Elle changera les « hommes ». Ce qui ne change pas, c’est cette image du père tout-puissant. Elle a voulu chercher cette logique du père mort pour être échangée. Malgré tous ses efforts, elle incarne la femme qui veut dire «je veux avoir l’homme ». Citons les mots qu’elle emploie à travers le personnage Elizabeth dans son roman L’invitée : « Je ne suis pas une femme qu’on prend, je suis une femme qui prend »[lvi]. « Elle rejette son fonctionnement comme l’objet a, la cause du désir de l’homme. On pourrait voir en effet, chez elle un refus, en quelque sorte, de cette loi régulatrice de l’interdit de l’inceste.
Bibliographie
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[i]S.de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, Paris, Gallimard folio, 1958, p. 98.
[ii] Ibid., p.152.
[iii] Ibid., p.170.
[iv] Ibid., p. 230.
[v] Ibid., p. 73.
[vi] Peut être il n’est inutile de mentionner ici qu’ à l’age d’adulte, Beauvoir avait une passion curieuse pour le cuir. Ibid., p. 147 et p. 152 par exemple.
[vii] Ibid., p. 51.
[viii] Ibid., p. 36.
[ix] Ibid., p. 36-37.
[x] Ibid., p. 148.
[xi] S. Freud, « Le cas Dora(1905) », in Cinq psychanalyse, Paris, PUF, 1988.
[xii] Simone de Beauvoir, Mémoire d’une jeune fille rangée, op. cit., p.148.
[xiii] Ibid., p.149.
[xiv] Ibid., p.11.
[xv] Ibid., p.137.
[xvi] Ibid., p. 169.
[xvii] Ibid., p. 246.
[xviii] Ibid., p. 220.
[xix] Ibid., p. 197.
[xx] Ibid., p. 248-249.
[xxi]Ibid., p. 261.
[xxii] P.-L. Assoun, Fonction freudienne du père in Le père, Denoël, Paris, 2004, P. 41.
[xxiii] S. Freud, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse(1933), op. cit., p. 38.
[xxiv] S.de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 58.
[xxv] J. Lacan, Ecrits I, paris, Seuil, 1966, p.11-61.
[xxvi] S. Freud, « Le problème économique du masochisme(1924), in Névrose, psychose et perversion, op.cit, p. 295.
[xxvii] P. – L. Assoun, Le sujet du destin, Figures freudiennes du destin, in Freud et destin, Logos Anankè, N°2/3, 2000, p.113.
[xxviii] S. de Beauvoir, Une mort très douce, Gallimard, livre de poche, 1964, p.43.
[xxix] Ibid., p. 143.
[xxx] S. de Beauvoir, La femme rompue, op. cit., p. 210.
[xxxi] G. Bonal et M. Ribowska, Simone de Beauvoir, op. cit., p.13.
[xxxii] S.de Beauvoir, Mémoire d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 58-59.
[xxxiii] S.de Beauvoir, Une mort très douce, op. cit., p. 23.
[xxxiv] Ibid., p. 127.
[xxxv] Ibid., p. 48.
[xxxvi] Ibid., p. 49.
[xxxvii] Ibid., p. 49.
[xxxviii] Ibid., p. 56.
[xxxix] Ibid., p. 56.
[xl] Ibid., p. 51.
[xli] Ibid., p. 51.
[xlii] S. Freud, « Sur la sexualité féminine »(1931), in La vie sexuelle, op. cit., p. 144.
[xliii] M. Duras, Amant de la chine du Nord, Gallimard folio, Paris, 1991, 148.
[xliv] S. Freud, Sur la sexualité féminine, in la vie sexuelle, op. cit., p.141, voir aussi P.-L. Assoun, Masculin féminin, op. cit., p. 42
[xlv] P.-L. Assoun, «La femme, symptôme de l’organisation sociale», in Le sexe du pouvoir, Femmes, hommes et pouvoirs dans les organisations, colloque université Paris-Dauphine, mars, 1984, Desclée de Brouwer, 1986, p. 396.
[xlvi] S.de Beauvoir, Mémoire d’une jeune fille rangée, op. cit., p. 157.
[xlvii] J. Lacan, Le Séminaire, Livre IV, op. cit., p. 170.
[xlviii] P.L. Assoun, Le fétichisme, Paris, PUF, QSJ ?, p. 78.
[xlix] J. Lacan, Ecrits, 278(grand)
[l] M. Zafiropoulos, Lacan et les sciences sociales, paris, PUF, 2001 ; Lacan et Lévi-Strauss ou le retour à Freud(1951-1957), Paris, PUF, 2003.
[li] M. Mauss, Sociologie et anthropologie, Paris, PUF, Quadrige, 1950, p. 112.
[lii] C. Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté(1947), Paris, Mouton, 1967, p.149.
[liii] M. Zafiropoulos, Lacan et les sciences sociales, op. cit., 2001.
[liv] J. Lacan, Le Séminaire, Livre V(1957-58), Les formations de l’inconscient, Paris, Seuil,1998, p.168.
[lv] C. L. Strauss, Les structures élémentaires de la parenté, op.cit., p. 549.
[lvi] S.de Beauvoir, L’invitée, Paris, Gallimard, 1943, p. 57.












